Les Ménines (Les Suivantes) de Vélasquez

Les Ménine 

Certes Michel Foucault analysa Les Suivantes (Les Ménines) dans Les mots et les choses : l’analyse « des deux visibles incompatibles ».

Or dans Les Ménines, Vélasquez représente une confrontation des regards ainsi résumée : le peintre peint l’intelligible et représente la cour et la structure croisée des regards tandis que l’artiste en représentation en train de peindre le roi et la reine ne montre rien sinon l’envers d’un tableau. Lire la suite

L’Être en tant qu’Être

Lecture d’Aristote, Métaphysique, Livre IV Chapitre 1

J’ai utilisé la traduction chez M. Remacle de J. Barthélémy-Saint-Hilaire plus laconique que celle de l’édition Vrin par J. Tricot qui interprète sans cesse. Il s’agit ici de débarrasser Aristote d’une lecture qui croit que l’Être en tant qu’Être serait le lieu de Dieu alors qu’il est le lieu de l’humain, du mélange : celui du contexte. Tandis que l’être pur chez Aristote correspond à un lieu physique et altruiste (s’occupant uniquement des autres) ; pur car sans ubiquité. Il s’agit aussi de distinguer entre science première portant sur le complexe et le jeu métaphysique sur lui – notamment entre ensemble et univers où relation et génération. L’enjeu considérable est de classer selon le lieu, la pureté désintéressée ici, la complexité de la vie là. Le problème est alors que tout puisse se classer selon ce schéma fondamental d’un ensemble ouvrant un autre ensemble – une structure logique sans aucun apport psychologique.

Il est une science qui considère l’Être en tant qu’Être, et qui considère en même temps toutes les conditions essentielles que l’Être peut présenter. Cette science-là ne peut se confondre d’aucune manière avec les autres sciences, qui ont un sujet particulier, puisque pas une de ces sciences n’étudie d’une manière universelle l’Être en tant qu’Être ; mais, le découpant dans une de ses parties, [25] elles limitent leurs recherches aux phénomènes qu’on peut observer dans cette partie spéciale. C’est ce que font, par exemple, les sciences mathématiques.

Aristote, Métaphysique, Livre gamma, 1003a 21-25

Aristote distingue le lieu où il y a tout du lieu où il n’y a qu’un. Prenons des exemples. Mon être serait disons, Lire la suite

L’être est, le non-être n’est pas

Eh bien donc ! Je vais parler ; toi écoute et retiens mes paroles qui t’apprendront quelles sont les deux seules voies d’investigation que l’on puisse concevoir. La première dit que l’Être est et qu’il n’est pas possible qu’il ne soit pas. C’est le chemin de la Certitude, car elle accompagne la Vérité. L’autre, c’est : l’Être n’est pas et nécessairement le Non-être est. Cette voie est un étroit sentier où l’on ne peut rien apprendre. Car on ne peut saisir par l’esprit le Non-être, puisqu’il est hors de notre portée ; on ne peut pas non plus l’exprimer par des paroles ; en effet, c’est la même chose que penser et être.

Les penseurs Grecs avant Socrate, Parménide d’Élée (fragments), [La voie de la liberté], Fragment 4-5, Garnier-Flammarion page 94.

Un point ouvre nécessairement et indissociablement l’espace qu’il y a autour de lui : l’être de Parménide est la visée d’un point focal, le non-être est l’espace périphérique inhérent. Lire la suite

Être ou ne pas être, telle est la question

La politique n’est-elle que l’art de jouer avec les apparences ? Je relisais cette nuit (le rêve s’y mêlait) la dernière tirade de l’acte II du Hamlet de Shakespeare (GF p.302, surtout à la fin à partir de « j’ai ouï dire… »). Hamlet veut découvrir l’assassin de son père qui compose l’apparence d’un visage innocent : il prévoit de « frapper dans l’âme » le roi présumé assassin pour la voir et l’attraper, plutôt que le cœur. Et il prévoit pour cela une représentation théâtrale, une apparence représentée contre une apparence mensonge, sa représentation contre celle du roi : « cette pièce est la chose où j’attraperai la conscience du roi ». Shakespeare traite ici de l’apparence en politique, à la fois du mensonge du roi et du rôle de « quelque chose qui ressemble », comme peut-être la symétrie du monde des idées, en tant qu’action politique efficace traitant des consciences. La remarque que je voulais faire est celle-ci : la célèbre citation « être ou ne pas être, c’est là la question » qui vient à la suite p.304 de la prévision p.302 me semble vouloir dire que le problème de l’apparence en politique, posé de la sorte par Shakespeare, est celui de savoir s’il faut agir directement avec le fer ou bien avec la représentation des idées. Et « être ou ne pas être » s’interprète ainsi : soit l’être-fer, soit le non-être intellectuel, pour agir avec efficacité, telle est la question. Or, pour Shakespeare, l’apparence de la représentation est plus puissante que celle du mensonge. Voyez, même en politique, on se tourne vers la beauté d’une représentation. Donc, si la politique joue toujours avec le fer et parfois avec le mensonge, apparence du vrai, elle ne joue pas toujours avec les représentations, pourtant plus efficaces que le fer et toujours vraies en elles-mêmes.